Le gouvernement australien a l'intention de réformer une disposition critiquée, qui impose des restrictions aux Aborigènes du Territoire du Nord, en matière d'utilisation des aides sociales. Les autorités souhaitent que la mesure s'applique désormais à l'ensemble des bénéficiaires des allocations du territoire, quelle que soit leur appartenance ethnique, a annoncé mercredi le Premier ministre Kevin Rudd.Lire la suite l'article
Il y a trois ans, le gouvernement a introduit une "gestion des revenus" dans les communautés aborigènes installées dans le Territoire du Nord. Cette disposition vise à réduire l'abus d'alcool et de drogue en retenant une partie des allocations destinées aux Aborigènes, afin que l'argent soit exclusivement consacré à l'achat de biens élémentaires comme la nourriture, les vêtements et le loyer.
Les Aborigènes sont le groupe ethnique le plus pauvre d'Australie et nombre de communautés aborigènes vivent ou plutôt survivent pratiquement entièrement grâce aux aides sociales.
Le gouvernement a l'intention d'étendre ces restrictions de dépenses à tous les bénéficiaires -pas seulement les Aborigènes- des allocations dans le Territoire du Nord à compter du 1er juillet prochain, a précisé Kevin Rudd mercredi. Les nouveaux bénéficiaires verront également leurs dépenses limitées si les travailleurs sociaux estiment qu'ils ont besoin d'une assistance dans la gestion de l'argent.
Les modifications dépendront d'un texte législatif proposé la semaine prochaine au Sénat, où le gouvernement est en minorité.
Le dirigeant de l'opposition Tony Abbott a fait savoir mercredi au Parlement qu'il soutenait les changements envisagés, indiquant que le texte pourrait être approuvé au Sénat.
Ces mesures permettront de s'assurer que "davantage d'aides sociales sont consacrées" à l'achat de biens tels que la "nourriture, les vêtements, et le loyer" et "va moins à l'alcool", a expliqué le Premier ministre au Parlement. Elles "soutiendront et encourageront les familles à prendre des décisions positives" sur des points essentiels "comme l'éducation, la santé et la nutrition", a-t-il ajouté.
James Anaya, rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme et des libertés fondamentales des populations autochtones, avait jugé l'an dernier la "gestion" des allocations "humiliante" et incompatible avec les obligations de l'Australie au regard des conventions des droits de l'Homme.
A l'issue d'une visite l'an dernier, la secrétaire générale de l'organisation Amnesty International Irene Khan avait estimé que les mesures visant les Aborigènes compromettaient les droits de l'Homme.
Dans un communiqué, Amnesty International Australie a fait état de préoccupations persistantes, observant que le nouveau régime envisagé n'était pas directement discriminatoire mais affecterait les Aborigènes de manière disproportionnée.
Les Aborigènes représentent environ 2% de la population australienne forte de 22 millions d'habitants. Mais près de 30% des 200.000 habitants du Territoire du Nord sont aborigènes, ce qui en fait la proportion la plus élevée dans tout le pays.
