Iran
29/12/2009 14:48
Sous le feu des critiques pour la répression et des menaces de sanctions pour son programme nucléaire, l'Iran accuse de nouveau les pays occidentaux comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne de soutenir le mouvement de contestation. Les forces de sécurité ont procédé à une nouvelle vague d'arrestations, interpellant notamment un proche de Mir Hossein Moussavi et la soeur de Shirin Ebadi qui, selon la lauréate du prix Nobel de la paix, n'exerce aucune activité politique. Aucun incident grave n'avait été rapporté mardi mais des sites Web de l'opposition, comme Greenroad, ont signalé plusieurs arrestations, dont le beau-frère de chef de l'opposition Mir Hossein Moussavi, Shapour Kazemi, le journaliste réformateur Mashallah Shamsolvaezin, le fils d'un influent ayatollah, un journaliste de l'agence de presse d'opposition ILNA, plusieurs militants et la soeur de l'avocate Shirin Ebadi, Noushin Ebadi, professeure de médecine.
Shirin Ebadi, qui avait reçu le prix Nobel pour ses actions en faveur des droits de l'Homme en Iran, a déclaré à l'Associated Press dans un entretien téléphonique depuis Londres que sa soeur avait ainsi été punie pour avoir parlé avec elle au téléphone lundi. "On l'avait prévenue de ne pas me contacter. Elle est détenue à cause de moi. Elle n'a jamais eu d'activité politique ni aucun rôle dans aucune manifestation", a affirmé Shirin Ebadi.
D'après un communiqué de la Prix Nobel, quatre agents du renseignement sont venus chercher sa soeur chez elle lundi soir et l'ont incarcérée. "Il est nécessaire de souligner qu'au cours des deux derniers mois elle a été convoquée plusieurs fois au ministère du Renseignement, qui lui a dit qu'il fallait qu'elle me persuade d'arrêter mes activités de défense des droits de l'Homme".
"Notre pays en ce moment a besoin plus que tout de paix et de calme dans le cadre du respect de la loi et toute forme de comportement qui se met au-dessus de la loi aura des répercussions négatives", prévient-elle.
Du côté du gouvernement, le porte-parole des Affaires étrangères, Ramin Mahmanparast, a annoncé mardi que l'ambassadeur britannique serait convoqué. Il a dénoncé des "ingérences dans les affaires iraniennes", ajoutant que certains pays comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne faisaient "un mauvais calcul" en prenant parti pour l'opposition.
Le chef de la diplomatie iranienne Manouchehr Mottaki s'est même montré menaçant envers la Grande-Bretagne: "si ce pays ne cesse pas son bavardage, il va se prendre une gifle", a-t-il prévenu lors d'une conférence de presse avec son homologue somalien. La citation a été mise en ligne sur le site Internet de la télévision d'Etat.
Londres, tout comme Washington, Paris et d'autres capitales, a critiqué la répression meurtrière des rassemblements organisés dimanche par l'opposition à l'occasion de la fête de l'Achoura, date centrale du calendrier chiite.
Le président américain Barack Obama a pour sa part salué lundi soir "le courage et la conviction du peuple iranien", condamnant "la main de fer et la brutalité" du régime. Barack Obama est en train par ailleurs d'élaborer avec ses partenaires internationaux de nouvelles sanctions contre le régime des mollahs, pour tenter de l'obliger à abandonner ses activités nucléaires potentiellement militaires. Téhéran assure que son programme est destiné à un usage strictement civil mais entend maîtriser tout le cycle du nucléaire.
Le président du Parlement iranien, Ali Larijani, a lancé mardi à la radio d'Etat que le soutien américain allait "nuire à la réputation" de l'opposition et "clarifiait les motivations de ce groupe anti-religieux".
Les affrontements entre manifestants et force de l'ordre ont fait huit morts dimanche, selon le Conseil suprême de sécurité nationale, cité par la chaîne officielle Press TV, mais le procureur de Téhéran a affirmé mardi qu'il enquêtait sur sept décès. Il est impossible de vérifier le bilan étant donné que les journalistes étrangers sont tenus à l'écart.
Le gouvernement a récupéré cinq des cadavres, dont celui du neveu du chef de file de l'opposition Mir Hossein Moussavi, affirmant vouloir les autopsier, mais probablement soucieux surtout d'éviter que des funérailles ne tournent une fois de plus au défi au régime.
Les heurts de dimanche étaient les plus violents depuis la répression des manifestations contre la réélection contestée du président ultraradical Mahmoud Ahmadinejad en juin. La police dit avoir arrêté plus de 300 personnes.
Le groupe Dubai Media a de son côté signalé au gouvernement iranien la disparition de son correspondant Redha al-Basha, un Syrien âgé de 27 ans, dimanche près de son domicile à Téhéran.
Le porte-parole des Affaires étrangères a affirmé ne pas avoir connaissance d'arrestations d'étrangers mais a ajouté que des journalistes étrangers avaient pu être interpellés s'ils ne possédaient pas les autorisations nécessaires.
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