Pakistan
21/01/2010 20:39Le Pakistan a exclu de lancer une offensive contre les taliban afghans réfugiés sur son sol, comme le souhaitent les Etats-Unis, dont le secrétaire à la Défense Robert Gates a entamé jeudi à Islamabad une visite de deux jours.
Islamabad a lancé récemment diverses offensives d'envergure contre des factions de taliban pakistanais mais il résiste aux pressions américaines visant à ce qu'il engage le fer avec leurs homologues afghans basés dans les zones tribales pakistanaises, d'où ils attaquent les forces américaines en Afghanistan.
Dans l'avion qui l'emmenait au Pakistan pour sa première visite depuis la prise de fonctions de Barack Obama, il y a un an, Robert Gates a dit vouloir convaincre Islamabad qu'"on ne peut ignorer une partie de ce cancer et prétendre qu'elle n'aura presque aucun effet chez soi".
Gates a rencontré dans la journée le ministre de la Défense, Ahmed Mukhtar, et le chef de l'état-major, le général Ashfaq Kayani, pour tenter de les convaincre du bien-fondé de la nouvelle stratégie américaine dans la région, qui fait le lien entre les islamistes de part et d'autre de la frontière.
Mais le général Athar Abbas, porte-parole de l'armée pakistanaise, a contesté cet amalgame entre les taliban afghans, qui n'attaquent pas l'Etat pakistanais, et les autres groupes insurgés qui, eux le font.
"Tout n'est pas blanc ou noir", a-t-il dit.
Alors que Washington pousse Islamabad à lancer une offensive globale pour nettoyer les zones tribales du Nord-Ouest, Abbas a exclu toute nouvelle opération dans les six mois ou un an qui viennent, afin de permettre à l'armée de consolider les positions reprises aux extrémistes ces derniers mois.
DÉFICIT DE CONFIANCE ET PARTENARIAT STRATÉGIQUE
"Nous ne sommes pas en position d'écarteler nos forces", a déclaré aux journalistes le responsable militaire. Le Pakistan est notamment soucieux de ne pas dégarnir sa frontière sensible avec l'Inde, dans la région du Cachemire.
Selon les analystes, il utilise les taliban afghans pour contrer l'influence croissante de son vieux rival régional à Kaboul. Il s'agit de se ménager de potentiels alliés lorsque les forces américaines quitteront le pays, au cas où ils le laissent dans une situation de chaos.
Barack Obama a avancé 2011 comme échéance de retrait. Mais, dans un premier temps, il dépêche 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan, un déploiement qui fait redouter aux Pakistanais que le conflit ne déborde sur leur territoire.
D'autant que les forces américaines basées en Afghanistan frappent avec leur drones les activistes retranchés dans les zones tribales, parfois au prix de "dommage collatéraux", une stratégie qui crée des tensions avec la population et le gouvernement pakistanais.
Robert Gates veut tenter de dissiper le "déficit de confiance" qui s'est instillé entre les deux pays et a expliqué à la presse pakistanaise que les Etats-Unis souhaitent faire table rase des griefs du passé.
Selon des propos qui lui sont attribués, Gates entend assurer Islamabad de la constance de l'engagement de Washington dans un partenariat stratégique avec le Pakistan, dont les Etats-Unis sont le premier bailleur de fonds.
Ils lui ont apporté quelque 15 milliards d'aide, y compris pour la sécurité, depuis qu'Islamabad s'est engagé dans la "guerre mondiale contre le terrorisme" décrétée par l'ancien président George Bush après les attentats du 11 septembre 2001.
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